La Charte des droits de l’enfant dans le sport

La Charte des droits de l’enfant dans le sport a été développée en réponse au besoin de prévention et de protection des enfants dans le sport. Issue d’un travail interdisciplinaire, elle est utilisée avec les jeunes sportifs, les clubs sportifs et dans la formation des professionnels encadrant les enfants. C’est un outil remarquable pour sensibiliser aux facteurs de vulnérabilité de l’enfant sportif et pour établir les bases de la surveillance préventive et de la protection. Pleinement convergente avec la Convention internationale des droits de l’enfant, cette charte en donne l’application concrète dans le domaine du sport. Utilisée au quotidien sur le terrain, elle contribue à transformer le regard des adultes et les pratiques éducatives pour un sport respectueux de l’enfant et de ses besoins, et favorable à son bien-être et à sa santé.

Introduction

L'activité physique et le sport, qu'ils soient pratiqués dans le cadre des loisirs ou de la compétition, en individuel ou en équipe, offrent aux enfants et aux jeunes des occasions uniques de développer des aptitudes physiques, psychologiques, sociales et relationnelles.

Cette conception idéale du sport est cependant compromise par des enjeux qui lui sont étrangers, de nature politique, nationale ou économique. L'enfant peut être soumis très tôt à des pressions sociales, économiques, médiatiques. Le sport peut être l'occasion d'abus et d'exploitation de l'enfant, avec des risques pour sa sécurité, sa santé et son développement. Les enjeux financiers sont tels que la recherche de la performance, l'entraînement intensif intervient déjà dans l'enfance.

En effet, depuis un siècle, le sport chez l'enfant est passé d'un loisir spontané et arbitré par les enfants, à une activité organisée et contrôlée par les adultes. Cette transition s'est accompagnée d'un ensemble de changements et d'exigences, débouchant sur le sport de compétition de l'enfant tel qu'il se présente aujourd'hui avec ses succès, ses exigences et ses risques. Du point de vue du bien-être de l'enfant et de sa santé, la question se pose : «Le sport et l'enfant : le mariage est-il heureux ?». En effet, l'image du sport de compétition est trop souvent ternie par des événements négatifs, dont la presse se fait un large écho. A la fois vulnérable et porteur d'espoirs, l'enfant est particulièrement concerné, et n'est pas toujours apte à se défendre.

Pour répondre au besoin de protection des enfants dans le cadre sportif, R. Maertens et V. Seefeldt proposèrent en 1978 une Charte des droits de l'enfant dans le sport.Cet instrument simple, solide et efficace allait rencontrer un assez large écho, et notamment à Genève. Dans ce canton en effet, la prévention médicale et la protection des enfants contre des abus dans le sport se concrétisaient en 1931 déjà avec l'introduction d'un contrôle médico-sportif destiné à «mettre en garde les élèves contre l'abus d'un sport mal surveillé et dépister certaines affections liées à la pratique sportive». L'Office de la jeunesse réunit depuis 1958 plusieurs services destinés à protéger et promouvoir le bien-être des enfants et adolescents, dont le Service des loisirs de la jeunesse (SLJ) et le Service de santé de la jeunesse (SSJ). En 1985, ces services engagèrent une collaboration avec l'association genevoise des entraîneurs, qui déboucha sur la rédaction de la Charte des droits de l'enfant dans le sport (CDES). Cette charte, adaptée d'après Martens et Seefeldt, a été ratifiée en 1988 par l'ensemble des clubs sportifs du canton de Genève, suivis par diverses institutions internationales dont le Panathlon International en 1995.

Examinons chacun des droits énoncés, sous l'angle du meilleur intérêt et de la santé de l'enfant.

Le droit de faire du sport

La charte débute en reconnaissant à tout enfant un droit de faire du sport «sans distinction aucune. Chaque enfant qui le désire devrait pouvoir faire du sport dans une société sportive quelconque».

L'activité physique et sportive est un facteur essentiel de promotion de la santé. L'inactivité physique est aujourd'hui une préoccupation de santé publique majeure, autant pour l'enfant que pour l'adulte. Le manque d'activité physique et sportive est l'un des principaux facteurs associés à l'augmentation de l'excès pondéral ou de l'obésité chez l'enfant.

L'enfant devrait faire au moins une heure d'activité physique modérée par jour. A Genève, 10% des enfants de 10 ans ne pratiquent aucune activité physique ou une activité physique légère, et cette proportion augmente à 42% chez les jeunes de 20 ans. Les raisons invoquées pour ne pas pratiquer régulièrement un sport sont un manque de temps (50%) ; de préférer sortir avec des amis durant le temps libre (42%), ou de réaliser d'autres activités telles que TV, ordinateur ou lecture (37%) ; enfin, 20% n'aiment pas faire du sport.

Le droit de faire du sport pour le plaisir et de jouer comme un enfant

Ce droit suppose des activités variées, un encouragement dans la pratique sportive, et un encouragement de pratiques spontanées. Malheureusement, dans un monde sportif de plus en plus compétitif et orienté vers la performance, les clubs semblent plus intéressés à leur réputation, leur profit et des bénéfices personnels qu'à leur rôle éducatif. L'abaissement progressif de l'âge auquel les enfants participent à des compétitions a eu comme effet de décourager la polysportivité et d'engendrer un certain nombre d'abandons sportifs précoces en raison de blessures ou de fatigue psychique. Au contraire, la polysportivité doit être encouragée jusqu'à l'âge de 12-13 ans, selon les sports, tout enfant devrait pouvoir être intégré quel que soit son niveau de compétitivité. L'entraînement précoce reste controversé. L'engagement dans un entraînement de type professionnel avant l'âge de 7 ans est controversé. S'il peut dans certains cas, contribuer à un développement positif, il peut aussi conduire à un désastre.

Le droit de bénéficier d'un milieu sain

Promouvoir le bien-être physique et psychique de l'enfant et développer la notion de fair-play font partie du rôle éducatif des entraîneurs et des dirigeants sportifs. L'importance de ce rôle augmente, alors que se multiplient les scandales et tricheries. Cependant, sous l'influence de la performance à tout prix et des intérêts commerciaux que représente le sport, cette responsabilité reste parfois peu investie. L'environnement social et sportif actuel peut favoriser chez l'enfant les motivations extrinsèques (récompenses, argent, etc.), et amener à une gestion problématique de la carrière sportive, pouvant conduire à un abandon sportif précoce et involontaire.

Le droit d'être respecté et traité avec dignité

L'adulte qui encadre le jeune sportif accomplit une tâche éducative parmi les plus belles qui soient, et il ¬ ou elle ¬ est un exemple pour l'enfant. Il doit respecter l'enfant en toute circonstance, et ne jamais abuser de sa position de supériorité. La question des abus sexuels dans le contexte sportif émerge depuis une dizaine d'années. Bien que l'on manque à ce stade de données fiables, ce problème est suffisamment grave et inacceptable pour motiver des actions de sensibilisation et de prévention, en particulier auprès des responsables et des professionnels. On peut citer par exemple le programme québécois «Harcèlement et abus sexuel, ça existe» et la campagne lancée en Suisse par l'Office fédéral des sports en 2004.

Le droit d'être entraîné et entouré par des personnes compétentes

Un entraîneur doit adapter son entraînement en fonction des données psychopédagogiques et techniques, du développement et de la réalité de l'enfant. Les enfants sont trop souvent traités comme de petits adultes, ce qui conduit à des programmes d'entraînement et des cadres compétitifs inadaptés à l'enfant.

Le droit de participer à des entraînements et des compétitions adaptées à ses capacités

L'intensité, la longueur et la difficulté des entraînements doivent être adaptées de façon à favoriser le développement du jeune sportif. La médecine et la psychologie de l'entraînement fournissent des guides bien documentés pour l'entraînement des jeunes, même pour l'élite. Les dimensions du terrain, le nombre de joueurs, la longueur du parcours ont été adaptés, dans une certaine mesure, aux réalités spatio-temporelles des jeunes athlètes. La fréquence des compétitions, les niveaux entre opposants ou encore l'étiquetage des titres décernés sont pensés d'une façon éducative, limitant le danger d'une survalorisation de la victoire et de la performance.

Le droit de se mesurer à des jeunes qui ont les mêmes probabilités de succès

On assiste encore à des rencontres entre compétiteurs de niveaux très différents, qui ne donnent aucun apport positif à l'expérience sportive de l'enfant. Les variations individuelles du développement contribuent à ce phénomène. Les écarts pubertaires peuvent amener à des disparités considérables de taille et de poids entre enfants de même âge. Ce sujet a souvent été débattu sans qu'une solution puisse être trouvée. Idéalement, les enfants devraient se mesurer à des enfants avec un stade pubertaire ou une taille comparable et non un âge chronologique égal. Baxter-Jones a montré en 1994 que dans des sports comme le football, où la corpulence joue un rôle important, les enfants nés dans le premier quart de l'année étaient nettement plus représentés dans les équipes d'élite. En effet, un enfant né en début d'année sera physiquement plus développé et aura ainsi plus de chances d'être sélectionné.

Le droit de faire du sport pour la santé en toute sécurité, sans dopage

Du point de vue de la pédiatrie sociale et préventive, ce point est prioritaire. L'action préventive se base sur la connaissance des dangers et des facteurs de risque, et la surveillance médicale régulière des jeunes sportifs. En Suisse, 35% des blessures dues au sport surviennent chez les enfants avant l'âge de 16 ans. Il reste incertain si les enfants pratiquant un sport de compétition se blessent plus que la moyenne des enfants. La comparaison de l'incidence des blessures chez des jeunes de 11 à 15 ans, entre les élèves des classes «sport et art» des écoles secondaires I à Genève (0,27 blessure/année), des consultations de policlinique pédiatrique à l'Hôpital de Vevey en 1990 (0,20 blessure/année),et l'étude de santé des adolescents (0,24 blessure/année),ne montre pas de différence significative. Ce résultat suggère que, dans un cadre adapté et avec un suivi régulier, la pratique du sport de compétition ne représente pas un risque excessif.

Le droit d'avoir des temps de repos

Interrogé sur ce que le repos signifie pour lui, un jeune sportif nous disait : «c'est des moments où ce ne sont pas les adultes qui décident ce que je dois faire». Avec l'intensification des entraînements, à un âge de plus en plus jeune, les moments libres potentiels et les vacances sont de plus en plus consacrés à des camps sportifs et à des entraînements. Nous avons constaté chez les élèves des classes «sport et art» une augmentation du manque de temps pour le sommeil, les loisirs et la récupération, entre l'âge de 11 et de 15 ans. Ce phénomène ne semble pas seulement être lié aux activités sportives, mais également au mode de vie des jeunes aujourd'hui.

Le droit d'être ou ne pas être un champion

Dans sa première version, la CDES énonçait le droit de ne pas être un champion. Celui d'être un champion a été rajouté en 2000, à la demande des jeunes sportifs.

Conclusions

Basée sur des données solides de la psychologie, de la pédagogie, de la pédiatrie sociale et de la santé publique, la CDES est garante d'une éducation sportive adaptée et respectueuse des besoins de l'enfant.

Elle engage chacun à pratiquer et à diffuser une approche sportive centrée sur l'enfant plutôt que sur le résultat. La CDES rappelle que l'enfant a besoin d'une approche sportive pluridisciplinaire, de compétitions adaptées, de respecter des temps personnels d'apprentissage, sans sélection trop précoce, de prendre en considération les changements liés à la puberté, et que l'enfant n'a pas encore terminé sa croissance, et qu'il est vulnérable.

La Charte est régulièrement utilisée dans la formation des entraîneurs, affichée dans les clubs sportifs et lors de manifestations, et diffusée auprès de jeunes sportifs. Elle a été reprise par plusieurs institutions. En étroite convergence avec la Convention internationale relative aux droits de l'enfant du 20 novembre 1989, cette Charte est un instrument précieux pour promouvoir le bien-être de l'enfant dans le sport.

Auteurs:: P. Mahler L. Bizzini M. Marti P. Bouvier